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Végétalien(ne), pourquoi pas ?

Par André Méry

Ca y est, toute viande a disparu de votre assiette, vous laissez les poissons en paix, céréales et légumineuses n’ont plus de secrets pour vous, mais vous mettez toujours des œufs dans votre pâte à crêpes et vous aimez bien le fromage râpé sur vos pâtes... Pas de panique. Le chemin parcouru pour arriver à l’« ovo-lacto-végétarisme », comme on dit dans notre jargon, est déjà une réussite en soi. Si tout le monde pouvait faire la même démarche...

Et maintenant, si vous pensiez au 100 % végétal ?

Il y a pas mal de raisons pour pousser un peu plus loin le végétarisme et devenir végétalien. Ne serait-ce que des raisons de santé. Je vais vous en donner deux. Je suppose que vous n’aimeriez pas avoir un taux trop élevé de cholestérol... l’œuf en est plein, malheureusement ; de même, je pense que vous n’aimeriez pas prendre trop de graisses saturées... le fromage en contient beaucoup, malheureusement.

Je sais, « un petit peu de temps en temps, ce n’est pas grave » : c’est ce qu’on a dû vous rabâcher quand vous avez arrêté la viande. Pourtant, vous l’avez arrêtée, n’est-ce pas ?

Si c’était pour la santé, alors vous devriez penser au 100 % végétal, car les sous-produits animaux comme l’œuf, le lait et ses dérivés ont encore d’autres défauts, à part les susmentionnés. Et, dans ce domaine, un petit peu de laisser-aller, c’est souvent déjà trop. Là, il faut lire régulièrement la revue « Alternatives Végétariennes » et vous en apprendrez de belles.

Je suis sûr que vous vous dites maintenant : mais puisque vous me vantez le 100 % végétal, pourquoi n’avez-vous pas appelé votre revue « Alternatives VégétaLiennes » ? Ah, mais parce que le végétalisme n’est pas une catégorie à part du végétarisme ; c’est juste un changement dans une continuité. Nous sommes tous « végétariens », avec ou sans sous-produits animaux dans notre assiette, dans notre savon de toilette ou même dans nos chaussures. Et nous ne faisons pas de discrimination dans cette « continuité végétarienne ». Simplement, nous souhaitons vous donner les moyens d’être encore plus performants dans votre végétarisme.

Ce qui me permet, après ce détour, de revenir à ce que je disais. Pour la santé, le 100 % végétal, c’est nettement mieux. Ne me croyez pas sur parole ; continuez à vous documenter. Par contre, pour les animaux, et c’est peut-être ce qui vous a le plus motivé pour passer au végétarisme, c’est nécessaire ; c’est impérieux, même. Il est bon de le savoir.

Tout au fond de la bouteille de lait

Là encore, je ne vais vous donner que deux raisons. Vous savez que l’élevage et la sélection ont profondément modifié le patrimoine génétique des vaches (depuis leurs ancêtres les aurochs). Les milliers de litres de lait que produisent chaque année les vaches laitières n’ont plus rien de « naturel ». Pour autant, ce ne sont pas encore des « organismes génétiquement modifiés », au sens où l’on n’a pas, en connaissance de cause, remplacé tel gène par tel autre. Ainsi, les vaches sont toujours soumises à la « loi naturelle » de la gestation : comme tout mammifère, elles produisent du lait quand elles attendent un petit.

Pour les forcer à produire les quantités pharaoniques de lait que nous leur prenons, elles sont donc – obligatoirement – inséminées artificiellement, et continument tout au long de leur vie, afin qu’elles accouchent d’un veau chaque année (la gestation d’une vache dure 9 mois, comme chez les humains).

Le destin des veaux est simple : ils peuvent devenir de nouvelles vaches laitières (si ce sont des femelles), ou ils partent à l’engraissage et à l’abattoir (si ce sont des mâles). Quand aux vaches, une fois bien épuisées, elles sont de toute façon transformées en viande.

A vrai dire, qu’il s’agisse de vaches et de veaux, de brebis et d’agneaux ou de chèvres et de chevreaux, il n’y a aucune différence...

Je ne peux pas mieux résumer ce cycle de production qu’en disant qu’en réalité, si le lait est bien un produit de l’animal, une grande partie de la viande n’est qu’un sous-produit du lait.

Ci-gît le problème : dans cette difficulté à séparer produits laitiers et produits carnés ; difficulté qui teinte le « lacto-végétarisme » de souffrance animale, surtout dans la conception industrialisée de l’animal. Mais pas uniquement dans cette conception car, de toute façon, pour avoir du lait, il faut aussi avoir un petit. Et que fait-on de ce petit ?

Derrière la coquille

La seconde raison que je voulais vous donner a trait à la production des œufs. Passons sur les conditions d’élevage et le fait que les pondeuses en arrivent à pondre maintenant 300 œufs par an (ceci étant aussi vrai pour les poules « bio », malgré leurs quelques m2 en plus), ce qui en dit long sur les contraintes physiologiques pesant sur les poules... D’ailleurs, les pondeuses vivent environ 1 an et partent ensuite à l’abattoir (et le « bio » n’y change pas grand-chose).

La « loi naturelle » qui s’applique dans ce cas est celle de l’équilibre des sexes : dans les accouvoirs où l’on incube et fait éclore les œufs pour le renouvellement du cheptel des pondeuses, il nait à peur près autant de poussins mâles que de poussins femelles.

Si les femelles sont destinées à être mises à la ponte, les mâles, eux, ne servent à rien et sont passés au broyeur : ils serviront à nourrir d’autres poules.

Pour entretenir en France un cheptel annuel d’environ 50 millions de pondeuses, il faut donc que naissent 100 millions de poussins, dont 50 millions de mâles passeront chaque année au broyeur.

Ici encore, vous voyez combien cet imbroglio entre « ovo-végétarisme » et souffrance animale est difficile à résoudre, bien que l’élevage respectueux de quelques poules à qui l’on prend quelques œufs puisse apparaître comme une alternative, mais qui la met en œuvre ?

Et donc ?

Bon, je vais vous dire, finalement... Vous êtes devenu végétarien ? (Ne nous préoccupons pas pour l’instant de quel type de végétarisme il s’agit). C’est une des meilleures choses que vous ayez faites dans votre vie. Soyez-en sûr. Aussi bien pour votre santé que pour les animaux et pour la planète. Vous mettez toujours des œufs dans votre pâte à crêpes et/ou du fromage sur vos pâtes ? Dites-vous que vous pourriez réaliser quelque chose d’encore meilleur en trouvant d’autres moyens de vous faire des crêpes et des pâtes...

Si cela vous inquiète (le mythe des protéines animales ou le mythe du calcium, on en connaît la force, croyez-le), eh bien allez-y doucement. Si vous cherchez, vous trouverez la solution. D’autres l’ont fait avant vous, s’en portent bien, et se sentent maintenant mieux dans leur peau.

Et s’il vous arrive malgré tout de craquer pour une glace en vacances ou un gratin chez des amis, eh bien craquez. Mais dites-vous bien que plus vous irez vers le 100 % végétal, plus ce sera facile et naturel et sans vous en rendre compte, un jour, vous vous demanderez comment vous aviez pu ne pas le faire...

 

Ressources Cuisinez veg' biogourmand, le blog de Valérie Cupillard plaisirvegetal.fr Vegansfields Cuisine Pop